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samedi, 12 juillet 2008

HB

DSC00632.JPGAux premières heures du matin il dépliait la chaise à la fenêtre de la cuisine attendant patiemment que le café termine, tirant sur la fin d’un El Morro abandonné la veille sur le bord d’une porcelaine . Patiemment, il avait le temps et le temps il avait décidé de le prendre , de ne plus le compter,  le savourer, comme il aimait avec adresse et raffinement décapiter la tête de son premier Havane. Il savait qu’il y avait là comme quelque chose de barbare .  Le cigare à la bouche, il aspirait lentement en éloignant la flamme de deux à trois centimètres du pied, le faisant lentement pivoter , sans cesser l'allumage. La cafetière se remplissait lentement , plus bas le néon vert d’une pharmacie clignotait, plus loin des pressés s’engouffraient sous terre, quelques bus commençaient à se croiser, il savait qu’aujourd’hui tout serait gris mais il aimait lui aussi le gris, il avait toujours aimé le gris. Un jour, on lui avait proposé de mettre des rideaux à ses fenêtres, de changer toutes les fenêtres mais il préférait le bois humide presque moisi, la fraîcheur matinale du carrelage de la cuisine sous ses pieds nus, et surtout son petit aérateur circulaire pour carreau de fenêtre si poussiéreux qui n’avait sans doute jamais tourné. Il aurait pu aussi avoir un réfrigérateur mais comme la pièce était si petite, comment aurait il pu la déplier. Un été , un dimanche 23 août,  comme après une pluie fine,une fin d’après midi, il avait replié son journal, son  parapluie , la chaise du jardin public puis il était remonté la placer là, face à la fenêtre de la cuisine, regardant Paris sous la pluie, la pluie sous les toits .
Il avait peut être pleuré quelques secondes , c’était encore l’époque où le temps était compté, mais ce n’était pas de tristesse , il aimait le gris, la pluie, ce gris, il y a tant de gris qu’il aime aujourd’hui. Autrefois ,oui, mais aujourd’hui, patiemment, il apprend, il goûte, il savoure , une première tasse, aussi. C’est étrange, un jour, un jeune couple, plus bas, qui le croisait souvent rue des deux gares où plus haut, d’en bas,  très tôt à sa fenêtre , sa tasse, un Havane, pensa lui faire plaisir. De retour d’un voyage au Nicaragua, enveloppé dans un journal local, un Torpedo , elle en avait les yeux qui brillent, il était beau , la peau  burinée, aux cheveux gris . Comment ne pas trop aimer à le regarder ,lever les yeux  au ciel gris mais ils sont beaux, si beaux, le ciel, lui...   Je le guillotinerai plus tard ... Merci... Oui , du haut de mon perchoir...  Il est si beau et de si loin... Oui, je suis comme le gardien de mon phare , des paquebots sur rails...  Mais je vous invite pour un café , un soda ... Du bruit aussi , parfois, quelques soldats , gare de l’Est ... Un autre jour alors, d’accord.
Une autre tasse et le temps passe , s’écoule , tièdement , lentement , les bruits de la ville au loin semblent découper délicatement le petit matin des autres instants de ses journées .Aujourd’hui , c’est encore un autre couleur, un gris plus léger, peut être  comme un crayon HB .         

Commentaires

moi aussi j'aime le gris que dis-je, tous les gris parce qu'il en existe une sacrèe palanquée et encore je suis loin du compte. Le gris, il prend bien ses aises sur mon bout d'estuaire et grâce à lui toutes les lumières ont du sens. J'aime bien aussi les mots, comme ceux que je viens de lire au dessus de ma tête et qui font voyager et qui font sentir gentiment les choses. Pour le café par exemple, j'irais bien me chercher une tasse dans le placard de la cuisine en attendant qu'il finisse de passer tranquillement; quand au cigare, c'est sur que ça parfume...l'ambiance. Ah mais j'allais oublier, j'aime la nuit aussi, ça tombe bien j'y travaille et je me prends parfois -pas géné le gars- pour le marchand de sable!

Ecrit par : jean jacques | samedi, 12 juillet 2008

"azertisser" (dans ton blog it) j'aime beaucoup ce mot !

Ecrit par : canicule | dimanche, 13 juillet 2008

Il a laissé des toiles un peu partout. Certaines foutaient la trouille, d’autres , des portraits, puis des autoportraits au fils des ans. Je me souviens des pinceaux qui séchaient sur le buffet poussiéreux, d’autres qui trempaient dans le cristal d’une flute à champagne à l’époque ou il recevait énormément . J’ai vu sur une planche mal fixée des livres, des tas et des tas de livres empilés , puis d’autres dans des cartons , dans le coffre ouvert d’un break . Plus loin, de la vaisselle, des jouets, des vêtements, des rollers, de vieux vélos, la voiture de Columbo d’une autre couleur mais exposée comme un bijou si rare, des tissus, des chandeliers, un lustre, un lit en fer forgé, un fer à repasser ...il y avait un monde fou, des passants , du troc, des achats, des brocanteurs rusés qui n’avaient peut être rien à faire là ce jour là. J’ai cru l’entendre plus loin sur un vieil appareil , comme autrefois, puis , alors que j’étais à l’autre bout de la ville, j’ai pensé à ces livres, tous ces livres , cette planche mal fixée, ces cartons, le coffre du break ouvert et cette vieille dame, dans un vieux jogging rose délavé, maquillée outrageusement , perchée sur des sandales blanches lacets à talons impressionnants. J’ai essayé de lui décrocher comme un sourire fouinant dans son immense bibliothèque en plein vent , mais elle gommait nerveusement des dédicaces , des mots ou des petits mots qui...J’ai voulu savoir si, à un moment ...Alors j’ai retraversé la foule comme un fou parce que peut être elle pouvait entendre comme moi ... « ce que vous vendez là, c’est mon passé à moi ».Il a laissé des toiles un peu partout. Certaines foutaient la trouille comme quelques autoportraits qui fermaient ses yeux , le vieillissait terriblement ou les contours de sa bouche maquillés outrageusement qui parfois hurlaient ... c’était une époque ou il recevait énormément . Un jour de paix j’ai du m’assoupir dans un coin de l’atelier . Il y avait du tabac brun qui débordait des soucoupes , des canettes de bière vides oubliées sur bien des meubles, d’autres pas terminées , des clous orphelins sur les murs , des toiles arrachées , d’autres mal fixées , d’autres commencées et lorsque je me suis réveillé , il était en train de travailler .Je l’ai trouvé si beau, ses yeux petits yeux noirs ronds si concentrés sur ce visage si abîmé ...Oui, j’ai cru l’entendre plus loin , comme autrefois, comme ce jour là , de paix, Félix Leclerc « le petit bonheur », sur notre vieil appareil.
Je suis aussi de jour mais je me suis tellement habitué aux silences qui vacarment dans ma tête, mes nuits. J'ai du exploser mon horloge biologique avec tous ces rythmes mais même si je sais être aussi des vivants, la nuit, le jour, lundi, dimanche, hier, l'été, les mers ...Je boussole et j'essaye de ne pas me perdre...j'essaye d'écrire aussi . Merci pour votre commentaire, votre passage. A très bientôt j'espère.

Ecrit par : cultu pour jean jacques | dimanche, 13 juillet 2008

Hey, bonjour, oui, c'est un verbe du 1er groupe, terminaison en er !
A très bientôt,
merci du passage, du comment et de la lecture aussi...

Ecrit par : cultu pour canicule | dimanche, 13 juillet 2008

Jolie "nouvelle"
J'ai passé un agréable moment à lire :-)
Merci

Ecrit par : April | dimanche, 13 juillet 2008

J'aime beaucoup cette ambiance...merci pour ce bon moment

Ecrit par : Radha | dimanche, 13 juillet 2008

Tout à fait d'accord ! Mais au fait, c'est quoi ce test concluant ?...

Ecrit par : sido | dimanche, 13 juillet 2008

merci,
ça me fait très plaisir,
à bientôt j'espère

Ecrit par : cultu pour April | lundi, 14 juillet 2008

Merci,
touché,
faut revenir alors,
merci ( oui, j'l'ai déjà dit mais bon, j'suis content alors j'ai l'droit!)

Ecrit par : cultu pour Radha | lundi, 14 juillet 2008

et tu fais des livres?

Ecrit par : tarmine | lundi, 14 juillet 2008

euh...je suis plus que touché mais non, je ne fais pas des livres.
J'essaye juste de raconter des petites histoires , si elles trouvent un écho, je suis très heureux , comme ce matin, comme à la lecture de ton comment aussi.
Bon lundi ,
merci

Ecrit par : cultu pour tarmine | lundi, 14 juillet 2008

bah j'ai merdé.
Plantages et re-plantages de mon pc, j'ai tapé sur mes touches comme avec un marteau de colère, mes poissons rouges hurlaient du fin fond de mon château
" feed me, feed me, FEED ME !!!" comme la plante carnivore que j'adOre dans le film " la petite boutique des horreurs".
Donc, plantages multipliés par 1 000 et blocages multipliés par 100 000 et du coup, la p'tite note, le p'tit paper plutôt que j'avais rédactionné pour mon " En passant" qui parfois peut s'appeler " cultu-express" ne voulait pas s'afficher et je n'arrivais pas à supprimer l'ancien . Les voraces n'arrêtaient pas de se moquer de moi , même en menaçant de débrancher leur bulleur, mais je suis allé les nourir et j'ai laissé ce message à la con : test, test concluant...etc...Quand je suis revenu, il y était, tout remarchait. Voilà.
Bonne journée,
bises

Ecrit par : cultu pour sido | lundi, 14 juillet 2008

Ah d'accord, tant mieux si c'est réparé. Moi aussi ça plante, et je n'aime pas du tout ça. Bises,

Ecrit par : sido | lundi, 14 juillet 2008

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