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vendredi, 18 juillet 2008
Le loup de la côte ouest

Lorsqu’il claquait une portière, il le faisait toujours avec brutalité. Du moins, au début, j’ai cru qu’il était coléreux, comme des sauts d’humeurs. Il en était de même avec la porte du garage, la porte chez les uns, chez les autres, toutes les portes claquaient. Je me demande encore comment la Torino a pu autant résister. Les cascades, les vues magnifiques, la fonte des neiges qui à la fin du printemps formait des chutes, les cinquièmes au monde me précisait il, des chutes incroyables… Il y avait sur le mur de sa chambre des tas de photos de Fischerman's Warf , à l’époque de l’ancien port. Quand il voulait fuir, dans l’urgence, pour une ou deux heures, je me retrouvais enfermé dans sa piaule au Stratosphère où il était bagagiste, à l’écouter me raconter son histoire pendant qu’il décrochait avec soin tous ses souvenirs scotchés aux quatre murs de sa prison bruyante au dessus du casino de l’hôtel . Quand il fallait compter plus qu’une ou deux heures, je savais que la vieille Ford nous emmènerait encore plus loin, pour un ou deux jours, parfois plus, en silence ou alors dans un monologue incroyable dans lequel il était capable de me raconter avec précision toute l’histoire de la côte ouest. J’ai cru souvent qu’il en rajoutait, qu’il en inventait même, mais un jour, vexé, il m’a planté dans un des huit états de la 66, une bonne heure qui m’a paru bien plus longue, tout seul, sur le bord de la route . Depuis, j’ai toujours cru toutes ses histoires, son histoire, comme celle de ce côté des états unis. J’ai jamais beaucoup aimé les westerns mais un matin, tôt, très tôt, il est venu frapper à ma porte pour que je sache où Hollywood venait tourner autrefois. Il me manquait mon premier expresso du petit italien en bas de chez moi, une douche fraîche, mais nous nous sommes retrouvés en pleine réserve indienne et dans un silence incroyable, nous avons regardé le jour se lever sur ce paysage que je n’oublierai jamais. J’ai du le suivre un peu partout, un peu n’importe comment. Bien sur que j’en étais très amoureux, à en perdre mon job, des jobs, des amis, ma chambre que je ne pouvais plus payer au black au gérant tordu d’un motel de bord de route qui n’a jamais voulu me rendre mes affaires. Mais quand on me posait des questions, je répondais que c’était uniquement pour la Torino. Nous sommes restés quelques temps à Seligman, puis il a retrouvé une place au CAESAR'S PALACE. Un soir, le long de cette vieille route nationale, il a imaginé réanimer un vieux parc d’attraction abandonné dans la poussière. J’ai du me retenir de sourire, de rigoler, je n’avais pas envie de le vexer et qu’il me plante à nouveau, car ce soir là, il avait la même façon de me parler, si sûr de lui. J’ai du l’attendre tout un après midi à Peach Springs, au bar de notre motel. Je me souviens avoir dévoré ce jour là "The Grapes of Wrath", le seul livre qu’il avait, celui que sa mère lui aurait offert pour ses dix huit ans et je n’avais pas vu le temps passer.
Il m’avait promis de louer une Corvette un jour pour faire de la vitesse sur la vielle route. Il m’avait promis tant et tant de choses, je m’en foutais faut dire, comme le temps, le temps que je n’ai pas vu passer …
Il m’avait promis de louer une Corvette un jour pour faire de la vitesse sur la vielle route. Il m’avait promis tant et tant de choses, je m’en foutais faut dire, comme le temps, le temps que je n’ai pas vu passer …
13:04 Publié dans Raconte moi... | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : caesar's palace, torino, peach springs, nouvelles et textes brefs




Commentaires
bah ça fout le cafard ton histoire, qui plus est bien écrite, avec cette superbe chanson d'Emily ... merci
Ecrit par : lafailli | vendredi, 18 juillet 2008
mais non, pas le cafard, allons...merciS
Hey, il parait que l'été va commencé à être (très) chaud !
à bientôt
Ecrit par : cultu pour lafailli | vendredi, 18 juillet 2008
Comment ça, "CULTU No comments" ? Et bien si, un commentaire : big merci à Sido pour m'avoir refilé ton adresse de blog, je le dis haut et fort (ha, ha, ha), parce que ça me fait vraiment plaisir de te retrouver.
Il traîne dans l'air de tes mots le parfum noir et blanc des studios hollywoodiens. Et je crois bien avoir entendu en te lisant la porte de la vieille Ford claquer dans ma tête, celle qui me faisait rêver quand j'étais gamin. Une Galaxy, je crois. Ouais, c'était une Ford Galaxy 1958.
Bon, je vais à partir d'octobre habiter également la côte Ouest... mais en France. Alors, si tu trouves une Corvette à louer.
En tout cas, elle mérite bien un coup de Stetson, cette histoire !
A+
Ecrit par : CG | samedi, 19 juillet 2008
Mais en fait ce " no comments" voulait simplement faire référence au fait que j'étais 1 insupportable électron libre difficile à cerner par le fait que mes blOgs avaient une espérance de vie très limitée ( pour ceux qui me connaissent un tout petit peu , très prétentieux de ma part)...Du coup, j'ai voulu faire drôle, humour, mais c'est loupé, comme d'hab !!!
Hey, bonjour CG, suis content de te retrouver moi aussi et que tu déposes ici un commentaire. Ce matin, je vais faire mon Johnny Weissmuller dans la municipale du coin . J'ai cru pouvoir emmener de la lecture , du tabac aussi pour lézarder au soleil sur le gazon .Ils ont derrière le bassin extérieur des buissons qui permettent de ne pas être emmerdé par des ballons à la con et les vigiles rodent plus autour des bassins et des vestiaires que sur le practice ). De toute façon, à la météo, c'est vraiment des comiques, ici, il fait un gris mais un gris très menaçant !
Bon, quelques longueurs quand même , histoire de ...
A très bientôt,
bises
Christophe
Ecrit par : cultu pour CG | dimanche, 20 juillet 2008
Mais non, j'avais bien pigé, t'inquiète ;-)
Bon, je mangerais bien des fraises de bois, moi.
A très bientôt
Bises itou
Christian
Ecrit par : CG | dimanche, 20 juillet 2008
le temps passe, ne repasse jamais avant qu'il ne trépasse...
et on ne le voit jamais...
crois moi...
Ecrit par : tarmine | dimanche, 20 juillet 2008
Autrefois, on ramassait des murs. C'était au bord de la voie ferrée . Il y avait un train toutes les 2 heures et le dimanche, un seul, le matin. J'ai du être Zorro, John Wayne , mon cheval, mon vélo et avant de rentrer , nous en remplissions tout un panier . Des tartes à la mur, de l'eau glacée, du sirop d'anis ...c'était le temps des genoux écorchés
Bises
Bonjour,
Christophe
Ecrit par : cultu pour CG | lundi, 21 juillet 2008
Je ne le compte plus, presque plus...J'ai toujours été nul en mathématiques , du coup, j'ai du foirer beaucoup mais maintenant , je n'additionne plus, j'ouvre une page ,une autre , je fais durer ...il me reste encore j'espère beaucoup de chapitres...
Bonjour,
Ecrit par : cultu pour tarmine | lundi, 21 juillet 2008
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