mardi, 17 juin 2008
Mamie je t'aime

J’ai du rêver qu’elle me tienne la main . Non, elle ne me tenait pas la main, elle me l’écrasait. Traverser la route, les routes , c’était une aventure inquiétante. Tout était inquiétant pour elle : Traverser la route, un chien sur le passage, parler aux guichets, la marche de l’escalier du bus, louper le train pour Paris, le long tapis mécanique à Montparnasse, la café en terrasse qui tardait, les piétons pressés, le strapontin du métro qui n’était jamais libre, la gare de triage qui la nuit gémissait acier, les néons verts et rouges plus bas, les dames trop bien habillées, les inconnus au téléphone, l’achat de son billet de retour, qui allait pouvoir l’accompagner jusqu’à la gare du Nord, trouver un taxi qui ne lui fasse pas, pensait elle, visiter tout Paris …Tu sais, elle commence à être très âgée, c’est normal, cette anxiété. Mais un jour bien avant qu’elle ne s’endorme pour toujours, elle m’avait raconté que déjà, toute petite, même bien avant les guerres, elle avait peur. Elle avait toujours eu peur ,de tous, de tout , même mariée, elle …Tu sais, je ne l’explique pas, c’est comme ça, bien sur que je l’ai aimé, très fort, mais de toute façon , toutes les jeunes femmes devaient se marier . J’ai eu peur de tout, du jour, de la nuit, de la vie, mais de toutes mes blessures, de toutes mes cicatrices ouvertes qui ne se refermeront jamais , ce qui me fait encore plus mal , c’est qu’eux aussi, ils ont peur… comme toi !
Tu sais, je ne l’explique pas ...
Tu sais, je ne l’explique pas ...
14:51 Publié dans Raconte moi... | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : traverser la route, anxiété, même bien avant les guerres



