mercredi, 02 juillet 2008
Le ciel peut attendre

Sur le bord d’un bar, hagard, j’ai vu des verrines , des choses colorées, tu sais, du poisson , à la mode, ils en mettent partout . Du poisson, je déteste le poisson. L’endroit ne ressemblait pas à un décor en papier carton mais c’était bien du solide, petit, mais arrangé pour qu’il fasse grand. L’espace, tu sais, ce mot aussi , l’espace , est à la mode. Je le déteste aussi. J’ai du arrivé trop tôt , la lumière n’était pas la bonne, il y avait une petite agitation autour des tables, les serveurs chahutaient sagement, tout était blanc comme pour un mariage , un son très new age en sourdine tamisait l’ambiance . Je suis resté un long moment sur un des tabourets, tu sais, comme notre très vieux canapé anglais , capitonné et clouté main selon la tradition des anciens maîtres tapissiers. Ils étaient alignés , le cuir brillant , le long de l’immense bar en forme de S . J’ai demandé une coupe de champagne puisqu’ une bouteille dans un seau était déjà ouverte. Un jour , j’ai du monter à bord pour un dîner-croisière sur la Seine . Il pleuvait des cordes , comme aujourd’hui . Comme aujourd’hui aussi j’ai du venir. Il faut descendre un escalier de vieilles pierres , longer un long couloir voûté , pour se retrouver dans cette cave blanche . Mais tu sais, malgré ce petit parcourt , j’entendais quand même la pluie tomber dru , comme ce jour ennuyant lors de ce dîner sur la seine. J’ai imaginé une fenêtre cachée derrière un rideau rouge épais mais peut être pas assez épais . J’ai repéré mon nom sur une table parmi cinq autres inconnus. Il y avait une faute . Il y a toujours une faute à mon nom. Ce n’était peu être pas le mien. J’ai du me faire offrir une seconde coupe . J’ai souhaité juste une coupe , une seconde coupe alors le barman avenant qui devait avoir une grande expérience de sa clientèle retourna poliment à l’autre bout du S. Nous nous sommes retrouvés soudainement comme dans le fond d’un bassin d’une piscine vidée. Il y avait au mur des mosaïques projetées , un bleu si bleu, une musique un peu plus présente . J’ai joué avec l’un des rideaux pour trouver la fenêtre, une fenêtre , entendre encore un peu la pluie avant le bruit. Un homme grisonnant la cinquantaine habillé haute couture , trop maquillé , traversa la salle d’un regard froid pour inspecter son chantier . L’architecte s’avança vers moi, d’un sourire trop commerçant il me proposa de libérer le tabouret . Je n’avais pas terminé ma coupe, j’avais faim , il me présenta, de ses mots , « la bête », soulevant un drap blanc épais qui le protégeait. Il m’écœura soudainement autant que le lieu, les verrines, le bleu piscine en parlant ainsi de cet ange magnifique , de ce bijou si rarement rencontré, échoué, ici. Je lui fit remarquer que son Bechstein avait une sonorité chaude et lyrique, un clavier précis et équilibré , mais qu’il était désaccordé.
Il cru un instant à un caprice puis accepta un numéro dans mon petit carnet. Il pleuvait encore mais je suis allé sur le boulevard marcher un peu , savourer un Quintero et comme le moment était délicieux, j’ai du le laisser s’éteindre et le rallumer plusieurs fois. J’ai marché longtemps , j’ai reconnu nos jardins, nos bancs, nos pavés, notre chambre sous les toits, j’ai marché encore, longtemps, longtemps avec toi.
Je n’y suis jamais retourné.
Il cru un instant à un caprice puis accepta un numéro dans mon petit carnet. Il pleuvait encore mais je suis allé sur le boulevard marcher un peu , savourer un Quintero et comme le moment était délicieux, j’ai du le laisser s’éteindre et le rallumer plusieurs fois. J’ai marché longtemps , j’ai reconnu nos jardins, nos bancs, nos pavés, notre chambre sous les toits, j’ai marché encore, longtemps, longtemps avec toi.
Je n’y suis jamais retourné.
13:57 Publié dans Raconte moi... | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles et textes brefs, quintero, bechstein, je déteste le poisson



