jeudi, 08 mai 2008
San Andresito
A bord, les vents glacés des mers me coupaient la peau comme peuvent parfois trancher les lames lui avait il répondu. Sa peau brune torturée par tant de voyages était couverte de coups, il avait du affronter tant d’océans pensait elle comme ce dragon furieux tatoué sur son épaule qui crachait d’immenses flammes d’encre noir.
- Je ne sais pas avec qui j’ai dansé toute la nuit mais maintenant il faut partir.
Elle avait commencé à prendre des notes à Bocaya mais un autre jour, au petit matin, il était à nouveau rentré puis …
- Je ne sais pas avec qui j’ai dansé toute la nuit mais …
Aujourd’hui elle avait passé sa journée avec d’autres femmes du village à planter des palétuviers.
Elle savait que ce n’était aussi qu’une escale mais elle était tombée amoureuse de cette forêt marécageuse, la mangrove de Sundarbans.
Parfois, quand il ne dansait pas, il lui cuisinait le Bandeja paisa , lui comptait des histoires de matelots, de mules chargées , de fermes lointaines mais ce qu’elle préférait en lui c’était cette magie incroyable avec laquelle il arrivait à lui peindre tant de paysages avec ses propres mots, ses silences, cette étrange ponctuation entre deux grosses gorgées de Bourbon . Elle ne s’en lassait pas même si parfois elle se doutait qu’il continuait ses voyages tout en lui parlant. Ses yeux noirs brillaient aux flammes des bougies qui ornaient le balcon de cette maison de terre sèche qu’il louait à un vieux capitaine. Ils s’endormaient ainsi l’un contre l’autre, assis sur le sol tiède que la nuit essayait de rafraîchir, puis un jour, au réveil, il lui avait expliqué qu’il existait des milliards de lunes. Elle le trouvait encore très beau malgré sa peau taillée au couteau, ses soirées endiablées qui lui faisaient toujours oublier avec qui il avait pu encore danser, tous ses départs précipités mais ce dont elle était très amoureuse …c’était son secret.
Près de Calcutta, à la frontière de l’Inde et du Bangladesh, un petit matin …
- Je ne sais pas avec qui j’ai dansé toute la nuit mais maintenant il faut partir.
Alors elle l’avait suivi et…
13:19 Publié dans Raconte moi... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : zanzibar, calcutta, bourbon
San Andresito par linaigrette
... elle se souvenait de Zanzibar... elle était arrivée un soir de pluie violente à bord d'un cargo défraîchi et puant... elle avait toujours rêvé de Zanzibar... c'était si quelconque de rêver de Zanzibar mais y aller fallait encore le faire... elle avait fait du cargo-stop dans un port paumé du Guatemala... il allait là-bas une fois l'an en zigzagant d'île en île et de mer en mer... ça avait duré 6 mois l'aventure... elle avait dans le corps définitivement l'odeur entêtante du fioul... elle ne pourrait plus jamais pensait-elle manger des bananes ces trucs monstrueux que les marins appelaient bananes à cochons... elle avait peu dormi balancée entre bastingage et coursive... elle avait peu parlé et beaucoup écrit... enfin dans sa tête parce que le roulis et les tempêtes et elle ne parle pas seulement de la mer... enfin sous les trombes elle avait aquaité! et elle avait demandé il est où le bar de zanzibar? avec la certitude de n'être pas comprise... si! pourtant! dans un recoin entre palettes et ballots il lui avait dit viens petite sœur dans mon bar de Zanzibar on mange des bananes frites et du cochon... on boit du Bourbon hors d'âge et puis on s'aime comme jamais, tu entends... alors elle l'avait suivi et...
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