jeudi, 17 juillet 2008
Requiem pour un con
Ils pensaient que c’était la cigarette du matin. Pendant ce temps là, sur son vélo d’appartement son père montait les cols les plus ardus scotché devant un télé-achat qui aboyait des affaires incroyables , en sueurs, la veine du front gonflée par tant d’efforts, la salive au bord des lèvres, une oreillette qui rythmait techno , un bracelet serré à son poignet qui calculait les battements de son cœur .De la cuisine, elle , sa mère, tirait sur des Marlboro en récitant " requiem pour un con ". La cigarette du matin arrivait après le premier café trop serré, mais ils pensaient que c’était de sa faute , la cigarette . Pourtant, tous les jours, il dégueulait. Face au miroir, il était rouge, rouge prêt à exploser , les yeux humides mais humides comme lorsqu’on s’étouffe , penché sur le lavabo, la bouche mentholée par le dentifrice , il vomissait .S’agrippant, malade, aux rebords de l’émail, il reprenait son souffle , respirait un quart de secondes puis à nouveau, tout son corps rejetait .Il avait mal, partout, au ventre, à la gorge, au larynx , rien à vomir et pourtant . Le tensiomètre lui affichait des performances exceptionnelles , elle savait qu’avec sa volonté , elle, elle diviserait par deux sa consommation de clopes. Le soleil brillait comme un beau jour de juin sur leur 12ème étage mais été comme hiver, après le douloureux rituel de la salle de bain, il aimait se retrouver seul dans ces silences presque comme Matthew Modine dans " Birdy ", dans un angle du balcon béton ,presque nu . La boite aux lettres était souvent pleine à craquer d’un tas de bons de réductions, de factures, de prospectus en tous genre mais autour du cou, il y avait cette petite clé qui lui permettait le premier de courir après le facteur. Elle avait beau lui expliquer que le dimanche était comme un jour férié, mais à 12h30, il cavalait à très grande vitesse les 840 marches avant de remonter , même allure, pour terminer, essoufflé dans un autre angle du balcon béton, comme un oiseau blessé . Un jour il a eu quarante deux ans et sa tête a cogné , plusieurs fois, violemment, en arrière, en avant, dans les escaliers de la grande tour, sur les murs, la peinture blanche crépis couverte de sang, du haut du 12ème au rez de chaussée. Il aurait à nouveau glissé mais comme ce n’était pas la première fois, les voisins ont pensé que du haut, ce n’était plus un accident. J’ai vu danser des feux d’artifices silencieux haut dans le ciel , des trains de marchandises rentrer en gare sur la pointe de leurs pieds ,aciers hurlants, des étincelles rouges dans la nuit bleutée de cette nuit d’été et je me suis souvenu de ses barreaux blancs à mon lit d’enfant, abandonné des heures, cognant ma tête en arrière , fort, de plus en plus fort, comme le font les tambours qui au loin arrivent et s’immobilisent soudainement sous ma fenêtre le jour de la fête des morts . J’ai du m’endormir souvent d’épuisement , le crane cabossé , les yeux fatigués par tant d’hurlements alors que l’hymne à la joie , en stéréo, la symphonie numéro 9 couvrait d’autres guerres dans le salon. Un jour après la libération, d’un pont ,on m’a raconté qu’ elle se serait pendue . Un autre jour , on aurait appris, m’a t on raconté aussi, qu’elle aurait été tondue devant une foule pleine de haine. Un jour du 12ème , il avait voulu peut être s’envoler. Depuis, elle, elle ne fume plus , grâce à la volonté. Lui, il regarde le ciel , les lèvres tremblotantes presque pour pleurer même s’il n’a jamais su pleurer car un homme ne pleure pas ou pour demander quelque chose, comme un pardon mais il ne peut rester que muet même si son tensiomètre lui indique qu’il est en pleine forme, physique . Depuis , plus personne ne descend chercher le courrier .
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