vendredi, 13 juin 2008
Joyeux Noël
A l’époque je nichais dans une des toutes premières cages d’un futur gigantesque dortoir rebaptisé plus tard : Ville Nouvelle. Je vous parle d’un temps…Il y avait encore quelques champs qui tentaient de résister mais un jour, sur l’une des dernières parcelles d’herbes sauvages , j’ai vu construire un paquebot , en béton. J’avais vu sur le pont en construction. Il commençait tôt, son wek-end c’était l’mardi . Un autre jour j’ai cru qu’il travaillait sur le chantier naval. Il avait la petite queue du personnage des Nouveaux beaufs de Cabu , le dessus du crâne souvent enfariné. En fait , il était boulanger. Il nichait seul , juste à coté de ma cage , séparé par un mur cartonné de notre volière de 5 étages . Il faisait du bruit mais c’était pas de sa faute à lui , c’était la cage , le carton . De mes journées, j’épluchais des offres d’emplois en regardant s’agiter sur le pont comme des milliers de Playmobils . Un jour, à noël, je ne sais plus pourquoi, mais je me souviens d‘avoir réveillonné dans sa cage autour d’ une choucroute au vin blanc garnie William Saurin 800g. Fallait qu’il décampe à 2 heures du matin pour son pétrin . Avec ma solde de chômeur, j’avais acheté un bon primeur et pour que la choucroute soit moins triste , quatre Knackis, un sac de patates, un économe. J’avais du mal à lui donner un age .Il était étrange. Il était sage mais bruyant même en mangeant. Il bossait comme un âne ; des pensions et des loyers en retard, des dettes ici et la. En fait , il bossait rien que pour ça ajoutait il en dévorant notre choucroute devant un plateau télévisé endimanché.
A un moment, il a cru voir de la lumière sur le paquebot. J’ai pensé aussitôt à un Playmobil agent de sécurité. Mais il insistait, pour lui, la croisière s’amusait. Les Portos, le Primeur, et les cinq Kanterbraus avec son Loto ,le gros lot du 25, c’en était trop.
Un week-end,son mardi, j’ai cru que j’allais l’assassiner.
Il était deux heures ou trois et je l’entendais chanter mais pas sous sa douche.A l’époque un truc qui passait sans cesse à la radio, un type qui remplissait des chapiteaux avec des briquets levés et des gamins qui faisaient lalala,lalala, lalala pendant des heures.
Mais lui il chantait et de plus en plus fort .J’ai pensé à son Porto , à un Loto pour un gros lot et quelques Kanterbraus , un coup de trop , mais soudain le mur de carton qui séparait nos cages s’est transformé comme du papier à cigarette et je l’ai entendu pleurer longtemps en fredonnant un truc du genre : « Ce serait la maison du bonheur… »
Deux noëls plus tard, le paquebot fut baptisé.
Quant à lui, je ne sais ou il a échoué.
J’avais envie de parler de solitude et des fois,comme aujourd’hui, je pense à lui.
A un moment, il a cru voir de la lumière sur le paquebot. J’ai pensé aussitôt à un Playmobil agent de sécurité. Mais il insistait, pour lui, la croisière s’amusait. Les Portos, le Primeur, et les cinq Kanterbraus avec son Loto ,le gros lot du 25, c’en était trop.
Un week-end,son mardi, j’ai cru que j’allais l’assassiner.
Il était deux heures ou trois et je l’entendais chanter mais pas sous sa douche.A l’époque un truc qui passait sans cesse à la radio, un type qui remplissait des chapiteaux avec des briquets levés et des gamins qui faisaient lalala,lalala, lalala pendant des heures.
Mais lui il chantait et de plus en plus fort .J’ai pensé à son Porto , à un Loto pour un gros lot et quelques Kanterbraus , un coup de trop , mais soudain le mur de carton qui séparait nos cages s’est transformé comme du papier à cigarette et je l’ai entendu pleurer longtemps en fredonnant un truc du genre : « Ce serait la maison du bonheur… »
Deux noëls plus tard, le paquebot fut baptisé.
Quant à lui, je ne sais ou il a échoué.
J’avais envie de parler de solitude et des fois,comme aujourd’hui, je pense à lui.
14:35 Publié dans Alka-Seltzer, Raconte moi..., Si tu savais ! | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles et textes brefs, cabu, une choucroute au vin blanc garnie william saurin 800g, knackis



